Virginie Plauchut

Les hauts murs – Le Bon Pasteur

LES HAUTS MURS (1)

Les bâtiments sont lugubres et sombres, les murs glacials et suintant d’humidité. Les dortoirs étaient constitués de pièces immenses, remplies de dizaines de lits. Il n’y avait pas de chauffage et que de l’eau froide aux lavabos. A son arrivée toute nouvelle pensionnaire devait subir, fouille, examen gynécologique, retrait de tout objet personnel et remise des 3 robes (l’une pour la prière, l’autre pour le ménage, la troisième pour les sorties). Les seins étaient bandés et la tête couverte d’un fichu. L’hygiène est un luxe, les interdictions sont multiples et diversifiées. Le régime quotidien imposé est des plus strict. Les contacts avec la famille se font dans un parloir grillagé, les conversations sont écoutées, la correspondance est lue avant d’être transmise. Et puis, il y a les sanctions, les brimades et les violences physiques, l’utilisation de médicaments pour calmer les plus récalcitrantes.

C’est l’histoire de Sylvie, Marie, Michelle, Rose Marie… À partir du témoignage de ces femmes qui rapportent leur enfance brisée ou le temps n’existe pas sauf celui des prières et du travail, et de mes différentes recherches, je suis partie à la découverte de ces ilots hors du temps cachés derrière des murs infranchissables. Les traces architecturales s’effacent, disparaissent avec le temps. Les images sont rares. Le silence toujours présent.

« S’il est important de se réconcilier avec son passé, il l’est tout autant de dénoncer ce qui s’est déroulé derrière ces hauts murs afin d’éviter que cela se répète sous d’autres formes (…) Nous n’étions pas là pour être punies, mais pour être protégées » explique Michelle Marie Bodin-Bougelot.

En France, dans les années 1950-1960, l’Etat se tourne vers les institutions religieuses pour la prise en charge de ces adolescentes dont il ne sait que faire. Les jeunes filles sont enfermées au titre du droit de correction paternelle (que possèdera tout père de famille jusqu’en 1935), parce qu’elles sont fugueuses, ou ayant commis de menus larcins ou à qui l’on reproche d’avoir eu de mauvaises fréquentations, des rebelles ou encore celles qui ont été violées et que l’on désigne comme coupables. Mais aussi, les enfants de divorcés, les enfants non désirés, les enfants de la collaboration dans l’après-guerre, … La centaine d’institutions religieuses a fermé dans les années 1970.

 Références :

« Enfances volées – Le Bon Pasteur- Nous y étions » Michelle Marie Bodin-Bougelot,

« Filles de Justice- Du Bon Pasteur à l’éducation surveillée (XIXème -XXème siècle) » Françoise Tétard et Claire Dumas, éditions Beauchesne, 2009

« Les enfants du bagne » Marie Rouanet.

Rééduquer les jeunes filles moralement et spirituellement. Les journées sont rythmées, comme au XIXe siècle, par le travail à la ferme et des tâches dites « féminines » (repassage, couture, ménage, cuisine). Cette organisation restera immuable jusqu’aux lendemains de mai 1968.

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Virginie Plauchut, photographe française née en 1976, travaille essentiellement en argentique. Entre documentaire et mise en scène, son travail est un questionnement de l’autre et de soi, une exploration de l’humain dans une confrontation douce ou amère. Elle réalise des images de manière instinctuelle, variant les angles, l’approche, les moyens de prise de vues.

Elle mène depuis plusieurs années un travail autour de l’enfance avec notamment un travail sur l’inceste intitulé « sans preuve et sans cadavre » exposé au festival Circulation(s) à Paris et au festival ManifestO à Toulouse, et présélectionné pour le prix Leica. Ses autres travaux ont été exposés dans plusieurs galeries et festivals en France et à l’étranger.

contact@virginieplauchut.com
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