Nadja Makhlouf

« De l’invisible au visible : Moudjahida, Femme combattante »

makhlouf_nadja_14

Moudjahida qui signifie littéralement «Femme combattante» est une série de photos de femmes qui ont combattu pendant la guerre de libération en Algérie. J’ai entrepris ce travail, il y a trois ans maintenant. A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, je voulais retrouver et rencontrer toutes ces femmes qui avaient participé de près ou de loin à cette guerre. Il me paraissait urgent de retracer chacun de ces parcours parce que je réalisais avec tristesse qu’elles n’avaient pas la place qu’elles méritaient ici en Algérie ou ailleurs. Je m’étais rendue compte aussi, qu’on ne parlait pas ou très peu des femmes qui étaient dans la résistance. Est-ce, parce que la guerre est une histoire d’homme ?

Au fil des échanges, j’ai découvert avec étonnement, que les femmes combattantes n’étaient pas toutes sur le même pied d’égalité, que certaines jouissaient d’un statut privilégié alors que d’autres n’existaient pas dans la mémoire collective. Quand certaines étaient mises sur le devant de la scène, d’autres restaient dans l’anonymat. De ce fait, j’ai eu l’envie de dresser le portrait photographique de chacune d’entre elles à travers la fonction ou l’action qu’elles avaient menées. Le récit de ces femmes était primordial dans ce travail de documentaire photographique. Qu’elle soit tisseuse de drapeau, infirmière, soldat, cuisinière, manifestante, agent de liaison pour la fédération de France, gynécologue, psychiatre, poseuse de bombe, institutrice, cuisinière ou dactylo … Je ne voulais faire aucune différence entre ces différentes fonctions.

Le principe était simple :

Présenter chacune de ces femmes à travers les actions qu’elles avaient menées et y ajouter une photo d’époque pour faire de ce travail un diptyque photographique. Plus de 50 ans séparent l’ancienne photo de la nouvelle. Marquer le temps qui passe pour seul remède contre l’oubli. Tel était mon désir.

Puis, le projet a pris une tournure plus universelle. Je découvrais que ces femmes n’étaient pas que des algériennes … Mais des françaises, des juives, des allemandes, des espagnoles … Toutes ces femmes n’avaient pas hésité une seule seconde à se battre pour arracher l’indépendance d’un pays. Certaines continuent à y habiter d’autres non, mais toutes, ont payé cher ce combat.

Nadja Makhlouf

makhlouf_nadja_13 makhlouf_nadja_ 09 makhlouf_nadja_ 08 makhlouf_nadja_ 07 makhlouf_nadja_ 06makhlouf_nadja_ 03 makhlouf_nadja_ 01 makhlouf_nadia_19

Nadja Makhlouf est photographe et réalisatrice. Elle est née le 16 février 1981 en région parisienne. Toute sa famille est originaire de l’Algérie. Après un bac littéraire, un Master Art du Spectacle à l’Université Marne La Vallée, elle étudie l’image documentaire pendant deux ans à l’université d’Aix-Marseille. Elle enchaîne les expériences audiovisuelles dans le cinéma, la photographie et l’audiovisuel. Cela lui permet d’être assistante de production à Europacorp sur les films « Michou d’Auber » de Thomas Gilou, ou chez New light film sur le film « L’anniversaire » de Diane Kurys. Elle se tourne ensuite vers la télé en tant que JRI sur Berbère TV. Puis travaille pendant deux ans comme Manager Culturel à la Cinémathèque Française. En 2011, elle décide de s’attaquer à son projet personnel: une trilogie qui s’intitule « Algérie, algeriennes ». Ce projet en trois volets sur la condition des femmes en Algérie, est composé d’une exposition photographique et d’un film documentaire. Le premier volet Femmes Fatales dresse les portraits photographiques de ces femmes kabyles dans l’Algérie aujourd’hui. Allah Ghaleb (On n’y peut rien) : le film qui l’accompagne, lui, rend compte en toute intimité du quotidien de ces femmes. Le film a reçu le Prix du public lors du festival : « Regard sur le cinéma du monde », à Rouen en 2012. Le deuxième volet « De l’invisible au Visible : Moudjahida, femme combattante » porte, cette fois-ci, sur les Moudjahidate (femmes combattantes de la guerre d’indépendance en l’Algérie), d’hier à aujourd’hui. Quelle est la place de ces femmes combattantes et que reste-t-il de leurs combats passés? Cette exposition photographique a été sélectionnée à L’IREMMO (Institut de recherche et d’étude du Maghreb et du Moyen Orient), à Paris pendant l’été 2013 puis sélectionnée pour la Biennale photographique à Conches en Ouche d’Octobre à Décembre 2013 en Haute-Normandie. En 2014, le MAMA (Musée d’Art Moderne d’Alger) décide de compléter cette série de quinze portraits de photos de femmes en une série de trente. Cela donnera lieu à une exposition intitulée “EL Moudjahidate, nos héroines” dans le cadre de la manifestation : “50ème Anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie”. Nadja Makhlouf compléte cette série de photo par un court métrage intitulé « une Moudjahida, une femme combattante ». Aujourd’hui, Nadja Makhlouf s’attaque au troisième volet de la trilogie, ce dernier opus se tournera cette fois, vers les femmes du désert.

Retour aux photographes sélectionnés 2014

Publicités