Vincent Catala

Rio, rivage intérieur

Comme beaucoup j’avais l’impression de connaître Rio de Janeiro avant même d’y vivre. La force des images et des récits : la ville-plage, la lumière éblouissante, l’étourdissement des sens. D’ailleurs, quand je suis arrivé, je crois bien m’être dit : « c’est le paradis terrestre ». Comme ces voyageurs que moquaient Cendrars lorsqu’ils découvraient la baie de Guanabara, la porte d’entrée maritime de la ville.

Trois ans plus tard, ma fascination pour Rio n’a pas faibli, mais je la regarde désormais de l’intérieur. Ce n’est pas sa beauté qui m’interpelle. Plutôt le pouvoir d’illusion qui s’en dégage. Et si le mythe n’était pas la ville elle-même, mais son idée ? Un bout du monde fantasmé depuis toujours, un quai d’arrivée lointain, la promesse d’un renouveau et en même temps, la découverte d’une réalité éloignée des représentations imaginées.

Rio convie toujours les mêmes figures répétitives, pour ne pas dire stéréotypées. D’un côté un front de mer idyllique, des quartiers aux noms célèbres, une certaine exubérance des corps et des usages. De l’autre les favelas, d’où jailliraient d’autres énergies et la vitalité primale du Brésil. Mais dans une ville qui s’étire sur plus de 50 kilomètres et compte 160 quartiers, les favelas ou les secteurs touristiques de la Zona Sul ne constituent qu’un fragment du tissu urbain qui pèse peu en termes démographiques et géographiques.

Du Centro administratif, vieux de 70 ans, aux ensembles résidentiels plus récents des Zones Ouest et Nord, en passant par d’immenses friches végétales et les tronçons d’autoroutes qui les relient, c’est une autre perception qui s’impose avec le temps. Le sentiment d’un décor de ville au statut indécis, d’un corps urbain vide et silencieux, presque factice. Dans ces espaces successifs surgissent des figures solitaires, pensives, prostrées, et toujours saisies dans leur environnement quotidien. Correspondance muette entre les lieux et les individus : les habitants de cette ville ne se parlent pas. D’ailleurs où est-on exactement ? Et quand ? Et presque toujours cette lumière humide et laiteuse qui brouille les certitudes et les repères.

Dans cette ville devenue aussi familière qu’étrangère, le flottement, le vide et le silence sont les figures qui traduisent la recherche d’un équilibre, situé quelque part entre l’évanouissement d’un ordre et sa résurgence.

Vincent Catala  

(Travail en cours de réalisation)

 

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