Laure Ledoux

Terra amata

Ce projet, réalisé lors de la résidence d’artiste à Mennetou-sur-Cher, se concentre sur les jeunes comme possible décollement de la réalité. Dans un ici de la prise de vue et dans un ailleurs que nous ne pouvons définir. Ces adolescents, filles ou garçons, sont dans un décalage qui est lié à cette période de la vie. En constant devenir où rien n’est fixe, il y a une grande grâce dans cette fragilité du changement, de cette non stabilité du corps qui se transforme. Dans le devenir de ces corps se dégage une grande force et ce chamboulement amène une absence.

Mon questionnent sur le décalage, le retrait est un prolongent de ma recherche sur le visage et le portrait. Cette idée, de vouloir créer une présence qui dès que l’on croit la saisir apparaît comme une méfiance, une crainte et un retrait, est de mettre en jeu un étrange retour qui rend visible le visage qui se cache au creux de l’autre. Il y a alors une grande importance du vêtement dans mes recherches. C’est avec lui que je vais chercher cet “ailleurs”. Avec le choix du vêtement, je créer une déstabilisation du modèle et cela tend à ce qu’il pense à autre chose que son corps et à son attitude face à l’appareil. En effet, le vêtement n’appartient pas à la personne qui pose. Le fait de porter un habit qui n’est pas le leur, modifie leur être au monde. Les personnes ne s’appartiennent plus totalement.

Le changement n’est pas une métamorphose, il les conduit ailleurs. Il les fait très légèrement se détacher du contexte. Le retrait que donnent à voir mes sujets photographiés se fait aussi par le corps qui n’est pas un face à face. Le face à face n’est pas comme le tête-à-tête qui est plus de l’ordre de l’intime. Ma photographie n’est surtout pas un duel, je ne veux pas créer une situation hiérarchique. Je vais chercher quelque chose chez les gens que je photographie, mais pas de force, il faut que ce soit eux qui me l’amène et me le donne. Mais pas comme un don, un cadeau, ils l’amènent juste à la surface, cela affleure, c’est à ce moment que je m’en saisi en douceur j’espère. Je fais alors appel aux vêtements et accessoires comme inspirations d’un ailleurs.

Les adolescents parlent de cet “à côté”, de l’“ailleurs”, ils donnent l’idée d’un sujet informe près à se dérober. Malléables et en même temps on ne peut pas les saisir. Ils finiront toujours par nous échapper. Atteindre ces visages sensibles, fragiles et profonds font de leur enjeu un rapport à une ouverture.

Ma photographie utilise le réel pour aller au-delà de celui-ci, mais avec les moyens propres à la photographie. Il n’y a pas d’expérimentation, mais de l’expérience. “…ce qui compte ce n’est plus l’énoncé du vent, c’est le vent.” (L’expérience intérieure, George Bataille)

Laure Ledoux

01-feu st jean 02-Pauline, 2013 03-Jerome, 2013 04-Amandine, 2013 05-Clifton, 2013 06-Orla, 2013 07-Camille et Theo, 2013 08-Marc, 2013 12-Malvin, 2013 13-Margaux, 2013 14-Clément, 2013 15-feu d'artifice 16-Clara, 2013 17-Quentin, 2013 18-Apolline, 2013 20-Cindy, 2013 21-Romane, 2013 22-Pauline, 2013

Laure Ledoux
Née en 1986 à Niort.
Études artistiques à l’Ecole Supérieure d’Arts et Céramique de Tarbes, à l’Ecole Européenne Supérieure de l’Image de Poitiers (DNAP) puis, à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles (Master 2).

www.laureledoux.com

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