Julie Bourges

Les corps absents

À La mort de ma grand-mère maternelle, j’ai ressenti le besoin vital de faire des recherches généalogiques. Mon attention s’est naturellement portée sur les membres de ma famille dont je ne savais que très peu de choses, et plus particulièrement sur mon grand-père maternel que je n’ai pas connu. J’ai alors décidé de photographier cette quête comme pour la rendre plus concrète, pour mieux me l’approprier.

Je me suis rendue dans les lieux où mes ancêtres ont habité, dans les cimetières où ils sont enter­rés, et j’ai suivi les routes qu’ils ont probablement empruntées1 à la recherche d’indices. J’ai photo­graphié le territoire comme je photographierais des questions. Que reste-t-il d’eux? Le territoire fait partie intégrante de ce qui nous constitue, mais ne porte-t-il pas en lui-même les empreintes de nos vies? Quelle place laisser à mon passé, à ma famille, à mes ancêtres ? que m’ont-ils transmis? Parcourir cette région à la recherche de traces de leurs existences m’a permis d’y projeter tout ce que j’imagine d’eux. Ces photographies interrogent la limite entre leur histoire vécue qui m’est inaccessible, et l’histoire imaginée, mélange entre les souvenirs, les anecdotes de mes proches, et mes propres fantasmes.

Cette nécessité de regarder vers le passé vient d’un sentiment de manque. L’absence est à la fois l’objet de ces images et leur déclencheur. L’histoire de mon grand-père maternel m’a tou­jours déconcertée. Orphelin de mère et abandonné par son père chez une grand-mère adoptive maltraitante, il se serait enfui à pied de chez elle, à trois ans, à la recherche d’une autre famille : un couple qui recueillait des enfants près de chez lui. En remontant l’histoire de sa famille, j’en ai découvert l’ori­gine: un enfant abandonné à l’hospice de Domfront en 1848, sans nom, sans famille. Mon arrière arrière arrière grand-père, il sera nommé Marie-Victor Henry. Il est impossible de remonter plus loin. La branche est coupée, abîmée sur toute la lignée : s’en suivent des décès prématurés, des enfants élevés par d’autres, comme une impossibilité à transmettre d’une génération à l’autre… Ces histoires se répètent, résonnent entre elles… Jusqu’à mon grand-père qui, par sa décision, semble avoir rompu ce cercle vicieux.

Avec cette série photographique, j’explore et j’interroge, à travers des territoires intimes, la relation intense et ambivalente qui me lie à ma famille. Derrière cette recherche généalogique, se dessinent les ques­tionnements fondamentaux qui nous traversent tous : le sens de la vie et de la mort.

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Julie Bourges

Née en 1981, Julie Bourges a débuté la photographie en se consacrant à l’actualité et au documentaire après une formation en photojournalisme à l’Emi-CFD. C’est avec sa série «Flamencos», coup de cœur Bourse du Talent 2008, qu’elle se tourne vers une écriture plus personnelle. Aujourd’hui, tout en assurant des travaux de commande pour la presse et la communication, Julie travaille sur des univers oscillant entre abstraction et onirisme. En 2012, elle achève la série « Umbra » (« Ombre », mais aussi « reflet » et « fantôme » en latin), transposition dans l’espace urbain parisien d’un territoire intime, à l’occasion d’une balade nocturne empreinte de mystère et de poésie. Dans son travail en cours, « Les corps absents », elle questionne son rapport à la famille et à ses ancêtres à travers une quête sans nostalgie de la mémoire et des traces.
Julie Bourges vit et travaille principalement à Paris. Elle est membre sociétaire de l’agence coopérative Picturetank.

Julie Bourges
5, rue Ligner
75020 Paris
06 84 59 76 26
contact@juliebourges.com
www.juliebourges.com

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