Entretien avec Imagens do Povo

Par Andrea Eichenberger et Celia Antonacci

Paris, juillet 2012

© Francisco Cesar / Imagens do povo

 

Le 28 juin dernier, ouvrait, dans la galerie Fondation Alliance Française, à Paris, l’expo Ginga da Vida, avec des images des photographes du Programa Imagens do Povo (Images du peuple). Ouverte jusqu’au 31 juillet, l’expo présente des photographies réalisées dans le quotidien de favelas de Rio de Janeiro, dont le point de vue est celui de photographes vivant dans ces communautés. Avec comme commissaires la brésilienne Joana Mazza et la camerounaise Ruth Belinga, l’exposition s’inscrit dans le programme du festival “Alliances en résonance”, qui rend hommage au Brésil à Paris.

Quelques jours après l’ouverture de l’exposition, Celia Antonacci Ramos et moi, rencontrions Joana Mazza, coordinatrice du Imagens do Povo, e Ratão Diniz, un des photographes du programme, qui partait, dans la même semaine, pour une résidence artistique d’un mois à Londres, rattachée au Rio Occupation London, évènement que s’inscrit dans le Festival Londres 2012.

Dans la conversation avec Joana et Ratão, disponible ici, nous avons essayé de connaître la proposition du programme Imagens do Povo et leurs respectifs points de vue.

Andrea – Vous pouvez nous présenter rapidement le Programme Imagens do Povo?

Joana – Le programme est né en 2004, suite à une idée de João Roberto Ripper, un photographe qui a un travail important en ce qui concerne les droits de l’homme, en association avec le Observatório de Favelas*. Cela a commencé avec l’école de photographes populaires, notre axe central, qui forme les photographes, en leur donnant toute la structure technique et politique. En plus, il y a un travail d’accompagnement, qui existe depuis le début du projet. C’est un kit de formation avec insertion professionnelle. Tant qu’ils sont associés au projet, les photographes sont suivis par l’agence-école et la banque d’images. Le matériel qu’ils produisent est libre. Ils produisent, nous passent les images, et nous les inscrivons dans la banque. Après un travail d’édition, les images rentrent dans la collection qui se trouve en partie en ligne, et qui contient environ 6000 images. L’agence les aide avec la prestation de services, avec l’élaboration et l’accompagnement de projets culturels, avec l’organisation d’expositions, entre autres. Au fur et à mesure, d’autres activités ont été crées, comme le stage de sténopé, qui a été initiée tout au début du projet, en 2004. C’est un stage pour des enfants et adolescents, un travail assez ludique. Pendant 6 mois, ils développent activités diverses, en plus de la photographie.

© Imagens do Povo
Élèves de la classe de sténopé en activité, Favela da Maré, Rio de Janeiro, Brasil.

Celia – Et quand tu dis “activités diverses », comment vous les travaillez avec la question de l’image ? Quand l’élève reçoit ce sténopé, comment se construit la pensée sur l’image qu’il va produire ?

Joana – Dans le cas du sténopé, ils construisent leur propre appareil. Mais avant cela, il y a une étude de l’image, de comment elle se forme. Ils ont accès à certains travaux de photographes et artistes, pour qu’ils puissent penser à la composition, à la lumière, etc. En réalité, tout est très mélangé. En même temps, ils jouent au cerf volant, ils jouent au foot, il y a une intension de créer une ambiance ludique. Nous parlons ici des enfants de 9, 10, 11, 12 ans environ. Ils construisent les appareils, deux modèles basiques : avec la boîte de lait et avec la boîte d’allumettes. Ensuite, ils sortent pour photographier dans leur entourage. C’est une activité conçue essentiellement pour le public vivant autour du Observatório de Favelas.

Andrea – Et le Observatório se trouve où?

Joana – Dans la favela da Maré. L’école de photographes populaires touche une variété plus large. L’idée est de donner des opportunités pour ceux qui ne pourraient se payer un cours de photographie privé. Ainsi, 80% des élèves sont originaires de classes populaires. Les autres 20%, viennent d’autres lieux de la ville, de n’importe quelle classe sociale. Nous sommes ouverts, mais il existe cette proportion. L’idée est d’avoir quelque chose d’ouvert pour créer un espace de dialogue, pour éliminer les frontières, casser les barrières et les préjugés qui viennent de tous les côtés.  Nous croyons que la propre formation du groupe est importante dans ce processus.

© Walter Mesquita / Imagens do Povo
Petite fille joue avec de la mousse au carnaval. Favela de la Maré, Rio de Janeiro, Brasil.

Andrea – En effet, tout à l’heure tu me parlais d’une politique de Imagens do Povo. De quoi il s’agit ?

Joana – En fait, l’axe central, ce qui fait bouger le projet, qui le suit depuis sa formation, est le désir de combattre le cliché de la criminalité dans des zones populaires. Principalement dans le cas de Rio de Janeiro, il est très évident. Quand il y a des images de zones populaires dans le journal, elles se trouvent dans les pages associées au crime, au trafic et à la mort. Ainsi, ces personnes sont toujours associées aux criminels, une population qui représente 1% de la population. Ces jeunes grandissent avec ce cliché. Alors, l’idée est de justement le combattre, par le biais d’un regard positif sur ces lieux. Et pour cette raison, nous proposons un côté politique, comme en étant un instrument. L’école ne propose pas seulement la partie technique concernant la photographie, mais aussi des possibilités théoriques, pour qu’ils puissent réfléchir sur ce qu’ils produisent et pourquoi.

Andrea – C’est pour cette raison que vous avez différentes propositions de disciplines dans le cours de photographie.

Joana – Oui, le cursus a changé au fil du temps. Aujourd’hui nous avons non seulement une partie pratique et théorique dans le champ spécifique de la photographie, mais une partie de droits de l’homme, qui vient, en fait, dès les débuts du cursus, et aussi de la philosophie, de l’histoire de l’art, de l’histoire de la ville de Rio de Janeiro, et d’autres disciplines qui contribuent dans la construction de cette pensée.

© Imagens do Povo
Sténopé

Celia – Ceci dans l’école de photographes? Et dans le stage de sténopé pour les enfants, comment vous travaillez cette question du milieu dans lequel ils vivent, de la favela, de leur condition sociale, de leur culture ? Comment travaillez-vous ces questions pour que ça se dévoile dans l’image, et si c’est le cas ?

Joana – Bien sur,  surtout parce qu’ils photographient dans leur entourage. C’est d’ailleurs rare de déplacer ces groupes, pour une question de moyens. Il s’agit de 50 élèves de sténopé par semestre. Le groupe de l’école, par exemple, est formé de 80 élèves. Les déplacements sont toujours compliqués. Le sténopé est toujours fait dans la communauté. Ainsi, les références culturelles et locales sont intenses. Le travail des enseignants se construit autour de jeux et conversations, quand ils touchent aux questions de cliché et tout le reste. Ils introduisent ces questions comme il faut le faire avec les enfants, par le biais d’autres manières de dire.

© Lais / Imagens do Povo
Sténopé

Celia – Et cette photographie que l’enfant a fait avec le sténopé, est développée et montrée au groupe ?

Joana – Les enfants gardent le matériel fait avec le sténopé. Ils le font, ils le développent, quelques images sont scannées pour la collection et les élèves gardent les originaux.

Celia – Et c’est l’enfant qui développe les images?

Joana – Ils font tout. Ils construisent l’appareil, développent leur propre papier ou filme, et scannent. Ce sont 6 mois de stage et cette partie de scan se passe à la fin, quand ils rentrent dans le labo d’informatique. Ils ont une introduction à Photoshop et à la banque d’images.

Andrea – Et quelle est la périodicité du stage?

Joana – Deux fois par semaine.

Celia – Quelle est leur réaction quand ils trouvent l’image qu’ils pensaient avoir pris?

Joana – C’est magique. “ Comment ça se fait? La boîte de lait peut faire une image? ”. Et ils sont aussi motivés par le fait de voir une image qu’ils même ont fait.

© Geovane / Imagens do Povo
Sténopé

Ratão – Et aussi quand ils les ramènent à la maison.  Les parents ne croient pas qu’une boîte de lait peut faire une photographie. Il y a cette chose ludique, qui englobe tout la famille, qui va au delà de l’image. Et l’acte photographique aide à travailler la question de l’identité, et de celle du lieu. Ils se sentent appartenant à ce lieu là grâce à la photographie et à la discussion qui se développe autour.

Celia – Et qu’est-ce qui apparaît dans ces photos? Plutôt des portraits? Où des photos de lieux? De l’extérieur, de l’intérieur?

Joana – Bon, en fonction de la lumière, c’est beaucoup d’extérieur. Le sténopé exige beaucoup de lumière. C’est donc en raison des questions techniques qu’ils font beaucoup d’extérieur. Ils aiment beaucoup le portrait, ce qui est très présent. Ils sont toujours en train de s’auto-représenter. C’est de l’autoportrait, ou le portrait du collègue, ou des gens de leur entourage.

© Jennifer / Imagens do Povo
Sténopé

Andrea – Et les plus grands, les élèves de l’école de photographie, quel type d’image ils produisent?

Joana – Les images sont aussi très variées. Quelques sorties sont coordonnées par le projet, mais ils s’organisent entre eux aussi pour en faire d’autres. Quelques uns sortent avec les photographes du projet, ce qui va au delà de ce que l’école propose. Par exemple, en ce moment, il y a un groupe qui produit un travail lié à la désappropriation de la favela de la Providência, et un groupe d’élèves les suit dans ce projet.

Celia – Ca veut dire qu’ils sortent de la communauté où ils vivent pour aller dans une autre ?

Joana – Tout le temps.

Celia – Ils circulent donc dans différentes communautés.

Joana – Oui, mais ça n’arrive qu’avec le groupe de plus âgés.  Et aussi parce que, dans le groupe de l’école de photographes, il y a des élèves qui viennent de toute la ville, et même d’en dehors de Rio. L’intention c’est d’avoir un circuit intense et ouvert. L’idée c’est d’avoir vraiment un échange. Et ceci est très important pour le processus.

Celia – En plus pour les échanges entre les différentes communautés, parce qu’on sait qu’il y a des rivalités entre elles. Et comment vous faites la sélection pour l’accès à l’école ?

Joana – C’est difficile. L’école n’a pas eu de promotions tous les ans sans interruption. Il y en a eu en 2004, 2006, 2007, 2009  et en 2012.  Ceci en raison des financements, car chacune de ces actions dépend d’un apport spécifique pour être mise en place. La promotion de 2012, par exemple, a été confirmée en janvier et les inscriptions ont été ouvertes en février. Il y a eu 10 jours de diffusion, seulement via e-mail et facebook. On a reçu 400 inscriptions. Nous avons commencé par éliminer les candidatures de personnes qui étaient déjà engagées avec d’autres activités. Ce sont 10 mois de cours, avec 600 heures, ce qui demande beaucoup de disponibilité. Ensuite, 180 interviews ont été faites. De ceci, nous avons choisi 80, mais la sélection a été très difficile. On devait arriver à 50 élèves, mais on a réussi à garder les 80, tout le monde a été solidaire, et ça marche comme ça. La promotion actuelle est soutenue par la Secretaria Especial do Desenvolvimento Econômico e Solidário  (Secrétariat Spécial du développement économique et solidaire),  qui a été crée ayant pour base notre école.

© Edmilson de Lima / Imagens do Povo
Dona Eva Marcia, habitante du Morro da Providência. Rio de Janeiro, Brasil.

 

Celia – Vous êtes combien dans le collectif ?

Joana – Aujourd’hui, nous avons 37 photographes associés. Ceux qui restent dans notre structure signent un contrat de représentation.

Celia – Ratão, tu es passé par l’école ? Tu peux parler de ton expérience ?

Ratão – Je suis sorti de la première promotion, en 2004. J’avais fait un cours de photographie de 4 semaines dans une autre école, privée. Je voulais continuer et en faire un autre, mais je n’avais pas assez d’argent. Quand je finissais ce premier cours, la Escola de Fotógrafos Populares (Ecole de photographes populaires) était en train d’initier ses activités. Je connaissais le travail de Ripper (le photographe qui a crée l’école) par le biais d’un autre projet dans la favela da Maré, duquel je participais, dans le domaine des arts graphiques : Le CEASM – Centro de Estudos e Ações Solidárias da Maré (Centre d’études et actions solidaires de la Maré), une organisation qui travaille dans le domaine de l’éducation. Dans ce travail, on utilise beaucoup la photographie et un des fonds était celui de Ripper. Je connaissais donc son travail par le biais de ce fond. Quand j’ai su qu’il allait donner des cours, ça a été parfait.  Il a influencé et influence beaucoup ma façon de photographier, que c’est pour raconter des histoires, connaître des gens et faire en sorte que ces images contribuent aux luttes des peuples.  Et je me suis toujours intéressé par cette photographie plus documentaire. Je n’avais pas trop une vision commerciale de la photo. Aujourd’hui je vis de la photographie, mais heureusement je n’ai pas eu besoin de choisir une photo commerciale. Je n’ai pas beaucoup de prétentions au niveau financier et j’arrive à me maintenir avec ce type de langage.

© Ratao Diniz / Imagens do Povo
Enterrement de jeunes assassinés dans une action de la police dans la communauté Parque União, dans la favela de la Maré, Rio de Janeiro, Brasil.

Andrea – Tu peux nous parler du travail de la résidence artistique que tu feras à Londres?

Ratão – Pour ce travail à Londres, 30 artistes ont été invités. Quand ils m’ont appelé, je me suis demandé : je suis un artiste ? Je ne me considère pas en tant que tel, mais je pense que c’est important de participer d’un évènement comme celui-ci, parce que la photographie documentaire rentre dans ce critère artistique aussi. Pour moi, c’est un grand honneur de pouvoir représenter cela, la photographie documentaire comme un travail artistique au milieu de 30 artistes de Rio de Janeiro. Ripper et l’école ont été importants pour moi dans la mesure qu’ils m’ont permis de produire une photographie engagée, politique, une photographie qui a de la complicité avec la communauté. Et en même temps, il y a cette structure de l’agence qui rend aux photographes la possibilité de faire ce type de travail.

Celia – Et dans ton travail personnel, quel type de recherche tu fais?

Ratão – Mon travail se construit avec le temps. Je le considère, en fait, comme un projet de vie. La photographie documentaire c’est comme ça. Je photographie plus pour faire partie d’une telle histoire, d’un tel moment, que pour gagner de l’argent avec la vente des photographies. Mon objectif principal c’est de vivre et partager les moments avec les gens. Aujourd’hui je rentre dans les différentes favelas, qu’elles soient de groupes rivaux ou pas, comme le Comando Vermelho, le Terceiro Comando, la ADA, la Milícia, la UPP, sans aucune peur, et avec l’appareil photo qui parfois n’est pas bien vu à cause de son caractère de dénonciation. Mais je rentre dans les communautés avec beaucoup de respect, car je rentre chez l’autre, et il faut être invité pour y entrer.

© Ratão Diniz / Imagens do Povo
Bal de carnaval pour enfants au Morro Santa Marta. Rio de Janeiro.

Celia – Mais pour entrer dans ces communautés, tu rentres en contact avec les liders?

Ratão – Non, généralement les contacts ce sont des amis, des personnes connues, des organisations qui font d’ailleurs appel à l’agence Imagens do Povo. Les contacts passent par ce réseau. Ces contacts me permettent de m’insérer dans les groupes. Par exemple, je développe un travail de Folia de Reis (une manifestation religieuse qui évoque le voyage des Rois Mages), qu’il s’agit d’un travail de reprise de ma propre histoire, de mon enfance. Quand j’étais petit, je voyais toujours  la Folia de Reis dans la favela da Maré. Et une des dernières présentations a eu lieu en 2000. Aujourd’hui je photographie un groupe de Folia de Reis du Morro de Santa Marta (une autre communauté). Je photographie aussi de groupes de graffiti, un travail que je développe depuis 5 ans. Je photographie aussi de groupes de carnaval qui sortent du circuit du carnaval officiel. Je photographie le Bloco da Lama (Bloc de la boue) à Parati, j’y suis déjà allé 3 fois, sans beaucoup d’argent, en faisant du stop, parce que c’est à ça que je crois. Je pourrai gagner de l’argent en photographiant la Sapucaí (grande école de samba de Rio), mais ce n’est pas à ça que je crois. Je gagne moins, avec la vente des photos, mais j’arrive à en vivre.

Andrea – Tu traites donc différents thèmes en même temps et pendant longtemps.

Ratão – Oui, je les considère comme des projets de vie. La structure de l’agence permet de le faire. Il y a beaucoup de photographes qui donnent continuité à leurs projets personnels aujourd’hui. Nous sommes continuellement en contact avec les gens, comme c’est le cas do Morro da Providência, une communauté historique de Rio, et du Brésil, qui souffre aujourd’hui d’expulsions, une situation tendue. Les maisons sont marquées et les gens ont très peu de temps pour partir. Si elles ne partent pas, la maison est démolie. Ainsi, cette photographie qu’on fait raconte cette histoire, en essayant de contribuer avec la lutte de ces personnes.  La Vila Autódromo, qui se trouve à Barrada Tijuca, une région noble de Rio, souffre le même processus d’expulsions. Les photographes sont dans cette recherche politique. Ainsi, vendre une photo, c’est une conséquence. La banque d’images propose la vente de ce fond. Mais avant ça, nous sommes là avec ces communautés parce que notre famille, nos voisins et nos amis on souffert ce même processus d’expulsion dans les années 1960 et 70. Ainsi, ce qu’on fait aujourd’hui c’est raconter cette histoire et contribuer dans la lutte quotidienne de cette population qui est aussi la notre.

Andrea – Tu pourrais nous parler encore un peu à propos du statut de la photo dans ton travail ? C’est à dire que tu te considères un photographe documentaire, mais parfois tu es considéré en tant qu’artiste. Tu pars à Londres pour participer d’une résidence artistique, tu exposes dans une galerie à Paris, le Imagens do Povo possède d’ailleurs une galerie. Comment vous voyez, Ratão et Joana, ce passage d’un statut documentaire à un statut artistique ?

Ratão – Je trouve intéressant que la photographie qu’on fait rentre dans le circuit artistique.

Joana – Je crois que la frontière se trouve dans la finalité de l’image, dans la manière dont elle sera utilisée.  La même image peut circuler tant dans l’univers artistique, culturel, que dans le milieu photo-journalistique. Tout dépend de comment elle sera présentée. Une chose c’est l’intention de l’auteur dans le processus de formation de l’œuvre, et l’autre est le chemin que l’ouvre va prendre par elle même. Le Imagens do Povo a ce volé plus informatif, politique, mais j’ai été formée dans le champs de l’art. Quand j’ai commencé à le coordonner, la galerie existait déjà et des expositions avaient déjà été faites, mais avec mon bagage, la tendance est d’approcher la production des photographes du champ artistique, ça fait partie d’un processus naturel. Je comprends cette production comme un volet dans le champ artistique, mais je comprends aussi, et je m’aperçois, dans leur processus de formation, que cette séparation entre photographie documentaire et artistique est très claire chez les photographes. Je propose quelque chose de plus hybride, en essayant de réduire cette frontière. Et c’est pour cette raison que j’essaie, de plus en plus, de travailler les expositions avec un caractère plus artistique qu’informatif.  Mais en vérité, ça ne change guère, on est dans la frontière, mais la manière d’exposer fait la différence, et on rentre dans un autre univers.

© Edmilson de Lima
Intérieur d’une des maison de favelas du Alemão, Rio de Janeiro.

Andrea – Ce projet provoque beaucoup d’intérêt et de curiosité. Il y a plusieurs universitaires qui développent actuellement des recherches autour de votre travail, vous avez des opportunités de le montrer dans différents lieux. Au Brésil, nous voyons grandir ce mouvement de mettre l’équipement dans les mains de ceux qui normalement étaient simplement « observés ». C’est ce que se passe avec des communautés indigènes, par exemple. Il y a un grand nombre de projets dont le but est celui de donner des opportunités à certaines communautés, normalement marginalisées, de se montrer. Comment vous voyer tout ça ?

Joana – Nous voyons vraiment ce processus se multiplier. Le Imagens do Povo est né comme ça. Il n’est pas le premier projet qui travaille avec la photo dans ces zones. Ce que je vois de différent dans le Imagens do Povo en relation aux autres est ce travail de continuité. Il a réussi à survivre à de processus difficiles, c’est à dire qu’il a réussi à se maintenir comme un projet à long terme.  Il y a un travail de suivie qui continue, depuis 2004 jusqu’à présent. Ceux qui travaillent dans le domaine artistique le savent. L’élaboration d’un projet, sa maturité, tout ça prend du temps. Et normalement, ce qui se passe, c’est que les projets sont de courte durée. Il n’ont pas le temps de mûrir, n’ont pas suffisamment de temps pour être développés, et disparaissent.

© Francisco Valdean / Imagens do Povo
Exposition de la Rede Memória da Maré au Palácio do Catete. Catete, Rio de Janeiro, Brasil.

* Le Observatório de Favelas est une organisation sociale de recherche et d’action publique consacrée à la conception de propositions politiques pour les favelas.

Pour citer cet entretien:

EICHENBERGER, Andrea; RAMOS, Celia M. Antonacci. Imagens do Povo. In ARPIA. Paris, 25 juillet 2012. Disponible sur: http://www.arpia.fr

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